Carnets de route

Camets de route est un recueil de textes courts : portraits, petits récits, réflexions sur les événements et les choses de la vie (et de la mort) mélant dureté, tendresse, humour et bienveillance amusée pour ces gens qui ressemblent tant à leur auteur.

"Lorsqu'on l'interroge sur les raisons de son engagement, elle répond, avec fierté et humilité, l'attachement à la justice, l'amour des petits et des humiliés. C'est là une constante de tous ceux qui ont fait un peu plus que ce qu'ils se croyaient capables de faire que de porter une telle attention à leurs semblables qu'ils paraissent à de certains moments s'oublier eux-memes.» Annie.


"Pas plus encore de fausse modestie, pour cette même raison du respect que l ‘on se porte à soi et à chacun, on vous interpelle, vous questionne, vous parle enfin de la manière la plus aisée qui soit, quel que puisse être votre état. A vous de répondre de même. La condescendance et le mépris ne vous seront jamais pardonnés. » Les gens d'ici.


Pierre-Vincent ROUX


Le chanteur

La soixantaine passée, le cheveu blanc, l'oeil bleu, la taille grande et fine, le visage marqué de rides que l'on prête au rire, on voit d'emblée que cet homme-là n'est pas ordinaire. La conversation, si l'on peut appeler de ce mot bien banal l'échange qui s'ouvre par une profonde poignée de mains et un salut chaleureux, vous le confirme aussitôt. C'est un être à part qui semble avoir fait sienne la maxime évangélique de vivre, à l'instar des oiseaux, des fruits de la terre sans souci de les thésauriser. Il y'a tant d'autres choses de mieux à faire. Vous parlez argent, cer tout de même, toute peine mérite salaire et nul ne vit du seul air du temps, il vous dit que c'est beaucoup et qu'il a pris l'habitude de d'adapter les contributions aux ressources de chacun, et plus encore à leur utilité sociale. Ne cherchez pas dans ce que vous entendez et lisez chaque jour, et peut-être même dans vos propres paroles ou vos pensées, si vous y prêtez quelque attention de temps à autre, d'échelle de valeur comparable, ou alors il vous faut aller loin, du côté, par exemple, de ces doux fadas qui consacrent tous leurs instants à des causes humanitaires. Ces gens-là ne vivent pas vraiment au milieu d'objets ou de choses, leur présence est celle des funambules que n'émeuvent ou ne troublent que la souffrance ou la joie de leurs semblables.
L'entretien passé, il reste dans l'air comme l'effluve du bonheur de cette rencontre, la nostalgie de ce que pourrait être le monde et la certitude aussi qu'il y'a quelque part les germes de son salut. Puis vous songez qu'un tel désintéressement n'est pas humain et qu'il doit y avoir derrière ce beau visage quelque faille, obscure et terrible. Déjà, l'univers quotidien reprend ses droits, ceux du scepticisme et du soupçon.


Le maire

C'est un homme souriant qui s'avance vers vous et vous salue de votre nom, quelque secrétaire le lui a soufflé avant qu'il n'entre dans la salle. Vous savez ainsi votre importance et le crédit que l'on vous porte. Il vous fait signe de vous asseoir à sa droite. Il dit quelques mots, parfois plus s'il est sensible aux anecdotes, puis vous invite à en faire de même. Soyez bref, ces propos trop généraux même si certains d'entre eux flattent sa vanité, lasseraient s'ils devaient excéder quelques minutes. Un adjoint prend la parole, autorisé par un regard ou un mouvement de la tête, puis un autre et quelque responsable de service ou président d'association qui n'ont sans doute pas été invités à le faire. La conversation ne peut durer. Il faut en venir à l'essentiel qui est la photographie des correspondants de presse. Chacun des signataires de la convention s'empare d'un des stylos posés à cet effet sur la table et mime sur une feuille de papier vierge, car le document authentique à déjà été paraphé et gît dans quelque sombre lieu d'archives, une signature officielle.Pour la première photographie, les signataires regardent en souriant le preneur d'images, pour la seconde ils s'appliquent à leur tâche, les yeux fixés sur la pointe du stylo qui n'a garde de courir trop vite car il faudrait alors recommencer et le naturel pourrait en pâtir. Rien n'est plus detestable en effet qu'un visage d'élu où se peut lire l'ennui ou le désagrément.
Un pot de l'amitié clôt la cérémonie. Dans la discussion vous ne manquez pas de faire savoir à votre interlocuteur toute la science que vous avez de sa commune. Ne soyez pas surpris s'il augmente toujours, plus ou moins selon sa propension à vouloir paraître plus important qu'il n'est, ke nombre de ses administrés que vous avez eu la curiosité de vérifier la veille au soir. On se quitte en promettant de se revoir bientôt ce qui est loin d'être assuré. Les élections prochaines en décideront. Le maire court les préparer.

Portraits tendres et vifs d'hommes et de moeurs de ce temps

Une pointe acérée, un pinceau fin composent ces portraits et ces scènes. Si le trait est parfois dur, il peut être, aussi, tendre lorsque l'auteur évoque ceux qu'iI a le plus aimés. Le ton général de cette galerie n'est pas ou jugement mais plutôt à une façon de bienveillance, amusée et mélancolique, à l’égard d’une humanité diverse dans ses apparences et profondément semblable dans sa volonté de survivre aux intimes et répétées blessures du temps.

ll n’est plus Ià cet homme simple dont vos yeux caressent le visage et lo silhouette sur les photos de qualite médiocre posées en des endroits que vous voudriez être seul G connaitre, comme on aime converser en tête à tête, sans présence étrangère, avec ceux qui nous sont les plus chers.

Ce petit homme aime à être vu et entendu lorsqu’il fustige ceux qui lui ont manqué. ll excelle en cela, et peut-être en cela seul, mais c'est déjà un beau talent que de savoir montrer à ses subordonnés ce que doit être une justice implacable.

La voix est douce, à peine enflee parfois lorsqu'il tient à souligner l’importance particuliere qu'il entend donner à l’un de ses propos, ce qui est rare puisqu’il vous à convaincu de ne dire que des choses fort importantes.

Pierre-Vincent ROUX